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Instruments de musique traditionnels Arméniens
13-10-2008    Source : Par J.N.K. – « France-Arménie »
 

LE DOUDOUK

La flûte hautbois « Doudouk » est considérée comme le plus « arménien » des instruments traditionnels, dans le sens où les Arméniens lui ont donné ce cachet particulier qui le rend inséparable de leur musique.

Doudouk
collection de doudouks

La flûte est un instrument remontant à une haute antiquité, dont les plus anciens spécimens, datés de 3500-4000 ans, ont été trouvés en Egypte. La forme de flûte qu’est le Doudouk est spécifique à la zone du Sud-Caucase. Il est ainsi répandu chez les Arméniens, les Géorgiens, les Azerbaïdjanais, et par influence chez les Turcs (qui l’appellent « Mey ») et les Kurdes.

Flûte cylindrique de 30.5 cm, le Doudouk est percé de 8 trous, plus un en-dessous. Aujourd’hui on trouve également des Doudouks un peu plus longs, dotés de 10 trous, utilisés pour les solos. Au contraire de la flûte moyen-orientale Ney ou Nay, dont le bout supérieur est seulement biseauté, il est muni d’une anche double en roseau, ou « ghamich », cerclé par une bague de régulation afin d’ajuster la note. Le Doudouk est d’ordinaire en bois d’abricotier, ou de poirier.

La technique de jeu particulière à cet instrument est celle du souffle circulaire, où le musicien parvient à respirer tout en soufflant. De plus, les doudoukistes jouent souvent à deux, l’un interprétant la mélodie et l’autre maintenant une note continue harmonique ou « dam ».

Le  son du doudouk, profond et plaintif, doux et velouté, légèrement nasillard, est particulièrement adapté à l’expression de la tristesse, du recueillement , mais il n’est pas cantonné dans ce seul registre et participe à toutes les manifestations de fête. C’est un des éléments essentiels de l’orchestre, pour l’interprétation de la mélodie et aussi des contre-chants.

La famille des instruments à vent

Outre le Doudouk, la musique traditionnelle arménienne possède toute une palette d’instruments à vent.

Le Chevi (ou Toutak) est la flûte piccolo des bergers, aux sons aigus et légers, très présente dans l’orchestre, en contrepoint au Doudouk.

Chevi
chevi

Le Zourna, flûte à anche double, terminée par une extrémité conique, dotée d’une forte résonance dans le registre aigu, est d’ordinaire jouée en plein air, accompagnée du Dehol, le tambour, au cours des réjouissances populaires.

Zourna
zourna

Le Pekou se rapproche du Zourna, mais n’a qu’une anche simple et est muni à son bout d’un pavillon en corne, qui lui donne un son nasillard.

Pekou
pekou

Le Ploul, commun aux Arméniens et aux Kurdes, n’a pas d’anche et se joue obliquement à la manière du Ney : son timbre est doux et velouté, et le principe de son jeu diatonique, de demi-ton en demi-ton.

Ploul
ploul

Le Srink est, comme le Ploul, une flûte cylindrique sans anche, tombée en désuétude aujourd’hui.

Srink
srink

Enfin l’Arménie possède sa propre forme de cornemuse, ou Parkapezouk.

 Parkapezouk
parkapezouk

LE TAR

Le Târ est un instrument originaire d’Asie Centrale. Luth à long manche à cordes pincées, il se distingue fondamentalement du Oud et du Saz par sa table d’harmonie en peau, généralement d’agneau mort-né, ou de poisson (silure). Târ signifie “corde” en persan; l’origine historique de l’instrument n’a pu être définie avec exactitude mais on le rattache à la famille des rebab, répandue à partir de l’Asie Centrale dans tout le Moyen-Orient. Il serait apparu  en tout cas dans sa forme actuelle vers le milieu du XVIIIè siècle, selon le spécialiste Jean Düring.

Tar
tar

Propre aux trois peuples iranien, arménien et azerbaïdjanais, le Târ a subi des modifications notables en Iran, concernant la caisse de résonance, la technique du jeu et le nombre de cordes, alors que le Caucase conservait la forme originelle de l’instrument.

Possédant une caisse moins profonde, mais aussi plus allongée, le Târ caucasien peut être tenu sur la poitrine, la main droite soutenant l’instrument et pinçant les cordes. Ces modifications entraînent une modification sensible du timbre.

La caisse du Târ est en bois de mûrier, et a la forme caractéristique de deux coeurs réunis par la pointe, la partie inférieure, plus grande, soutenant le chevalet. Le long manche en noyer comporte de 22 à 25 ligatures en boyau (ou frettes) qui peuvent être déplacées. Les cordes métalliques sont au nombre de 6 (dont deux doublées) pour l’instrument iranien sur une étendue de deux octaves et demie, mais vont jusqu’à 11 pour la variante caucasienne, dont 5 mélodiques et 6 harmoniques, et 8 couplées deux par deux. Elles sont pincées à l’aide d’une lamelle métallique sertie dans une boulette de cire (style persan), ou d’un médiator en corne.

Instrument soliste ou d’accompagnement, le Târ tient une place prédominante avec le Kémantcha, la vièle à cordes frottés, dans la musique persane et les formations traditionnelles arméniennes du Caucase jusqu’au début de ce siècle. Les Târistes arméniens, qui aussi autrefois pouvaient fabriquer eux-mêmes leurs instruments, ont apporté une contribution non négligeable à l’art de cet instrument au niveau technique, théorique et pour l’interprétation.

Aujourd’hui encore, le Târ avec son timbre éclatant, a gardé une place de choix au sein des ensembles de musique traditionnelle arménienne.

 

LE SANTOUR

Santour signifie «cent cordes», selon son étymologie persane. C’est dire que cet instrument, appartenant à la famille des cithares, de même que le Kanon, se caractérise par son nombre très élevé de cordes Un adage populaire indique à son sujet qu’il faut la moitié d’une vie pour apprendre à l’accorder et l’autre pour apprendre à en jouer.

Santour
santour

Instrument très ancien du Moyen-Orient, le Santour a une origine assez obscure. On en a trouvé une représentation dans une sculpture assyrienne datée du VIIè siècle avant J.C. mais aucune dans les miniatures jusqu’au XIXè siècle, époque à laquelle il fut remis en honneur en Iran.

Le Santour occupe une place de choix dans la musique persane. Dans cette tradition, il est doté d’une caisse - d’ordinaire en noyer - en forme de trapèze isocèle et dispose de 72 cordes métalliques, 36 jaunes en laiton et 36 blanches en acier Groupées en 18 choeurs - de quatre cordes à l’unisson - elles sont soutenues par deux rangées de 9 chevalets mobiles, dans un ordre d’alternance entre jaunes et blanches, et entrecroisées. L’originalité de l’instrument réside dans son jeu : les cordes sont frappées avec deux fins maillets (mezrab) en bois, tenus dans chaque main. L’étendue des sons est de trois octaves plus une note, soit trois registres, le grave, le moyen et l’aigu. Certains jeux modernes ont ajouté une quatrième octave dans un registre suraigu.

Répandu en Turquie et en Grèce, en Egypte et Mésopotamie, voire en Inde et en Chine, le Santour présente différentes variantes pour la forme et le nombre de cordes et de choeurs. Il a été introduit en Europe au cours du Moyen Age sous le nom de Doulcimèle, puis de Tympanon. Le Cymbalum, en Hongrie et en Roumanie, utilisé notamment par les Tziganes, lui est apparenté.

D’après le témoignage de Karékine Lévonian, le fils de l’achough Djivani, l’instrument est apparu dans l’Arménie du Caucase à l afin du XIXe siècle, par l’intermédiaire d’achoughs arméniens d’Erzeroum, qui avaient pour nom Santourdji Garabed, Santourdji Hovhannès, Ousta Hacht ; mais il n’y eut pas d’implantation à proprement parler, avec la création d’une école de Santour ou une transmission du savoir. Si bien qu’avec la soviétisation du pays et la fermeture des frontières, la connaissance de l’instrument s’est perdue. Il faut attendre une période récente pour voir réapparaître le Santour chez les Arméniens, en diaspora ou en Arménie. Nous noterons plus particulièrement les travaux de Jean-Etienne Akian, en France, à la recherche d’une tradition spécifiquement arménienne, ceux de Karlen Mirzoian, en Arménie, pour intégrer le Santour dans son orchestre traditionnel. En Iran, où l’instrument est véritablement populaire, et la communauté arménienne nombreuse, des joueurs ont pu aussi apparaître.

L’apport de cet instrument traditionnel, riche par sa sonorité et sa diversité d’ornementation, complétant le jeu du Kanon, est particulièrement intéressant, et laisse regretter sa quasi-absence dans les ensembles arméniens.

 

LE KEMANTCHA

L’existence d’instruments à archet, c’est-à-dire à cordes frottées, remonte à une période assez reculée en Arménie. Le terme « Tchoutag », employé aujourd’hui pour désigner le violon, est attesté dès le Xème siècle, notamment sous la plume de Grégoire de Narek, pour désigner un des lointains ancêtres de l’instrument. Une représentation iconographique unique, sur une céramique des X-Xièmes siècles, retrouvée à Dvin, montre un musicien jouant d’une sorte de vielle placée sur l’épaule ; ceci alors que la tendance en Orient, au contraire de l’Occident, est de tenir l’instrument verticalement, sur la cuisse. Tel est le cas pour le kémantcha (ou kamantcha) et son ancêtre le Rébab qui ont pu se développer en Arménie, à la faveur des contacts avec les Arabes et les Persans.

Kemantcha
kemantcha

Le Rébab, qui se caractérise par sa table d’harmonie en peau et non en bois aurait été à l’origine à cordes pincées, selon certains musicologues, avant de devenir un instrument à cordes frottées. C’est en Iran qu’il acquiert sa forme classique, sous le nom de « Kamantcheh », littéralement « petit arc » (archet). Son aire de diffusion ne se réduit cependant  pas à la Perse, puisqu’on le trouve dans le monde arabe, en Turquie, dans le Caucase, en Asie centrale et même en Inde du nord et aux Célèbes, en Indonésie. Des miniatures arméniennes le représentent dès la fin du Moyen Age mais c’est avec Sayat-Nova (1712-1795), qui en fit son instrument favori, qu’il acquit véritablement ses lettres de noblesse. Avec le Târ, il était le seul instrument qui fut admis par de nombreux achoughs de l’école caucasienne, se réclamant de l’héritage de Sayat-Nova.

Le Kémantcha se caractérise par sa caisse de résonance presque sphérique et son manche légèrement conique, sans frettes (1) en bois de mûrier ou d’abricotier. Dans certaines régions, la caisse est même constituée d’une noix de coco. Doté de deux, puis de trois cordes (deux en soie et une métallique) jusqu’au début de ce siècle, l’instrument a vu sa tessiture étendue par le musicien Sacha Oganesachvili (Sarkis Ohanessian) pour l’adjonction d’une quatrième corde (2). A l’instar du violon, toutes les cordes sont aujourd’hui métalliques. Elles sont soutenues par un chevalet placé obliquement sur la table d’harmonie en peau de poisson (silure) ou de chevreau.

Tenu verticalement sur la cuisse gauche, le kémantcha se termine par une pique métallique, qui permet au musicien de faire pivoter l’instrument sur son axe, tandis que l’archet est maintenu droit. Cette technique du jeu fait toute la difficulté et la richesse particulière du kémantcha.

Instrument de virtuosité, aux sons mélancoliques et ténus, il se prête admirablement aux solos ; mais il est aussi une pièce essentielle dans l’orchestre traditionnel, l’ « âme » de la mélodie, avec le doudouk, dans la formation musicale arménienne.

(1)         Ligatures marquant les intervalles des notes
(2)         Accordées d’ordinaire en mi5, la4, mi4, la3

 

LE DEHOL

Le tambour est l’un de ces instruments primitifs dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Le tambour (ou Tempoug) a pris cependant une forme bien particulière dans le Caucase, chez les Géorgiens, les Azerbaïdjanais, les Arméniens et aussi plus au nord au Daghestan : le Dehol.

Dehol
dehol

C’est un fût cylindrique, au bois de noyer ou de pin, en règle générale d’une hauteur  de 30 cm et d’un diamètre de 33 cm. Il est recouvert à ses deux ouvertures par des peaux de chèvre ou de veau mort-né, reliées entre elles par un entrelacs de cordes, qui permettent d’en régler la tension afin d’obtenir la sonorité voulue. Le Dehol, en position assise, est placé obliquement sur la cuisse ; debout, il est accroché à l’épaule par une cordelette. On en joue des deux mains, avec des coups frappés de la paume, plus graves pour la basse, et du bout des doigts, pour le déroulement du rythme. Dans certaines occasions, le Dehol peut aussi être frappé à l’aide de deux baguettes de vois, l’une épaisse l’autre fine.

Autrefois instrument guerrier, le Dehol tient aujourd’hui une place fondamentale dans l’orchestre traditionnel, où il donne le rythme et l’impulsion. Il peut seul accompagner le chant et est particulièrement en affinité avec les flûtes Doudouks et Zournas. Ils constituent la cellule minimale de la formation instrumentale et on les retrouve immanquablement dans les fêtes, les chants et les danses, qui rythment la vie villageoise.

 

KANONE

Le Grand Orchestre Arménien
Connu en Arménie dès le XIIIe siècle, une miniature représente le roi David avec un kanone sur ses genoux. Son origine exacte reste floue : né probablement au Moyen-Orient, le kanone est mentionné pour la première fois dans les contes des Mille et une nuits (12è/13è siècle). Il s’est ensuite propagé de l’Iran jusqu’au Maghreb ; Au Moyen-âge en occident , il est connu sous le nom de psaltérion.
Le kanone qui signifie " la règle " fait partie de la famille des cithares sur table à cordes pincées.

Kanone
kanone

Le kanone a la forme d’un trapèze rectangle, la caisse d’une hauteur de 6 cm est en noyer ou érable. Les chevalets reposent sur une peau tendue sur la partie droite de l’instrument. Sur la gauche, se trouvent les chevilles qui servent à fixer les cordes, et des petits leviers basculants qui en soulevant les cordes permettent d’obtenir les altérations. Ainsi, tout au long des morceaux, les instrumentistes soulèvent et abaissent ces petites manettes au gré des altérations de la composition. Une clef permet d’accorder chacune des nombreuses cordes. Le kanone possède 72 à 75 cordes en nylon, groupées par trois à l’unisson. L’instrument est posé sur les genoux et les cordes sont pincées d’avant en arrière à l’aide de deux onglets fixés à chaque index par des bagues métalliques. La main gauche pince les cordes avec un léger retard sur la main droite de manière à créer un effet hétérophonique. Accordé en une gamme diatonique, son étendue est de 2 octaves et une quinte : Do3 au Sol5.
Instrument soliste mais aussi d’accompagnement dans les grandes formations traditionnelles d’Arménie, il est souvent joué par groupe de 3 ou 5 instruments principalement par des femmes. On le trouve dans la plupart des pays arabes du Moyen-Orient (Irak, Liban, Syrie, Egypte) et en Turquie.
L’apprentissage du kanone exige une parfaite dextérité manuelle notamment en raison de la rapidité nécessaire pour lever et abaisser les leviers qui altèrent les notes. Les plus illustres kanonistes sont Khatchatour Avedissian, Allevart Mirzoyan et Gariné Hovanessian.
                                                                                             

     


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