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Chronique d'un auteur présentation d'une exposition par Claude Mutafian
27-04-2007  au 22-08-2007  
 

Exposition réalisée par Claude Mutafian, du 27 avril au 22 juillet 2007 au Musée de la Vieille Charité à Marseille. Dédiée à ces deux figures emblématiques de l’écrit que furent Schavarch Missakian (1884-1957), le fondateur du journal HARATCH et Hrant Dink, le fondateur du journal AGOS, assassiné en janvier 2007 à Istanbul, Arménie, la magie de l’écrit avait rassemblé plus de 300 pièces de qualité exceptionnelle venues des quatre coins du monde, depuis Los Angeles jusqu’à Varsovie, et présentées dans une merveilleuse architecture intérieure, pleine de mystère et de magie, conçue et réalisée par Edouard Sarxian. Le choix des manuscrits devait beaucoup au récent livre de paléographie de Dickran Kouymjian, qui mit constamment sa science et ses compétences à disposition et fournit ainsi une aide décisive à l’exposition.


Signalons parmi les œuvres exposées les plus anciennes inscriptions arméniennes sur pierre, les reliures en métal et en cuir, le khatchkar de Rome (1246), le lutrin d’Ani (1272), trois des cinq livres du premier imprimeur arménien (1512-1513), le seul exemplaire du premier livre imprimé à la Nouvelle-Djoulfa (1638), ou encore une vitrine où l’on pouvait admirer côte à côte trois des quatre plus beaux manuscrits du Roman d’Alexandre. Il y avait de plus quatre objets mythiques longtemps considérés comme perdus.


- Le somptueux Evangile de Lvov, qui date de 1198, année de la fondation du dernier royaume d’Arménie. Ce prêt fut une première mondiale, assorti d’exigences drastiques : transport par avion particulier avec convoyeur et garde du corps, et alarme spéciale commandée en Israël.


- Le manuscrit autographe de Siméon Léhatsi, récit de son voyage au début du XVIIe siècle, localisé par chance à Varsovie et lui aussi exposé pour la première fois.


- Le merveilleux tapis Gohar daté de 1700, mentionné dans tous les livres sans que personne, ou presque, ne l’ait jamais vu. Dickran Kouymjian parvint à le localiser dans une collection privée de Boston.


- La spectaculaire Carte de Erémia Tchélébi Keumurdjian, conservée à Bologne et présentée pour la première fois au Vatican en 1999 dans le cadre de Roma-Armenia. Grâce à l’intervention de Gabriella Uluhogian, le prêt fut accordé pour la seconde et dernière fois.

Le livre-catalogue
Chacune des œuvres présentées fait bien entendu l’objet d’une reproduction et d’une notice avec bibliographie dans le volumineux livre-catalogue relié, soigneusement édité par Somogy avec la MAJC (Maison arménienne de la jeunesse et de la culture de Marseille) comme coéditeur : 432 pages, plus de 350 illustrations en couleurs, 332 notices, 63 articles et 8 cartes.

PRESENTATION PAR CLAUDE MUTAFIAN


ORIGINES ET DEVELOPPEMENT DE L’ALPHABET ARMENIEN
La langue ourartéenne était une langue sémitique écrite en cunéiforme, en usage sur le territoire de la Grande Arménie jusqu’au Ve siècle av. J.-C., jusqu’au moment de l’apparition de l’alphabet. Elle fut alors peu à peu supplantée par l’arménien, langue indo-européenne, sans écriture pendant presque un millénaire : on écrivait en araméen, en grec et en latin.

Environ un siècle après l’imposition du christianisme comme religion d’Etat et devant les menaces hégémoniques des Perses et des Grecs, les rois d’Arménie demandèrent au début du Ve siècle au moine Mesrop Machtots de créer un alphabet arménien. Cet alphabet fut créé sur la base de l’alphabet grec mais avec une graphie différente et en y intégrant quatorze lettres correspondant à des sons arméniens inexistants en grec.

L’ART ET LA MEMOIRE DANS L’ECRITURE ARMENIENNE
L’écriture arménienne n’a pas seulement été utilisée pour communiquer. C’était aussi une façon pour les artistes d’exprimer leurs talents d’illustrateurs et toute l’étendue de leur art et un moyen de laisser une trace dans le temps. Différents supports furent utilisés pour cela : pierre, parchemin, papier, bois, métal, céramique…

L’ECRITURE ARMENIENNE : LUXE ET POUVOIR
Cette exposition compte de nombreuses pièces qui témoignent du lien existant entre l’écrit et le pouvoir royal ou religieux, notamment l’Evangile de Lvov (« Evangile du Couronnement »), appelé ainsi car il fut certainement commandé à l’occasion du couronnement de Léon Ier, fondateur de la dernière dynastie des rois d’Arménie.

Cette pièce unique, propriété du primat de Pologne, n’a jamais été présentée au public. C’est grâce à l’intervention de Sa Sainteté Karékine II, Catholicos de Tous els Arméniens, que nous avons la chance de pouvoir l’admirer à Marseille.

L’IMPRIMERIE ET L’ECRITURE ARMENIENNE
L’apparition de l’imprimerie a marqué pour beaucoup de peuples la fin des manuscrits. La situation fut bien différente chez les Arméniens : imprimés et manuscrits coexistèrent parfaitement jusqu’au XIXe s. et l’imprimerie s’inspira profondément du style des manuscrits. A partir du XIVe s. il n y eut plus de Royaume d’Arménie : le pays se retrouva partagé entre Perses et Turcs. Par conséquent, il n’y eut pratiquement plus d’évolution de la culture arménienne sur le sol arménien. Le relais fut pris par les « colonies » arméniennes, essentiellement concentrées en Italie, en Pologne et en Crimée. C’est là que furent imprimés les premiers livres en langue arménienne, à la suite du Ourbat’agirk’ ou Livre du Vendredi (Venise, 1512). Le premier livre en langue arménienne, imprimé en Arménie, fut un Livre de prières en 1772 et pour la petite histoire le premier livre en arménien vernaculaire fut un Livre d’Arithmétique, imprimé à Marseille en 1675.

Pendant de nombreuses années les manuscrits furent les cadeaux de prédilection des seigneurs ou des prélats. Les commerçants finirent par les supplanter de par leur puissance financière grandissante, mais conservèrent ce type de présent, avec une hiérarchie évidente entre les manuscrits réalisés sur parchemin, sur papier et les copies imprimées. La qualité du support du manuscrit dépendait de l’importance de son destinataire.

LES COLONIES ARMENIENNES : RAYONNEMENT D’UNE CULTURE
Après la disparition de l’Arménie comme Etat, le rayonnement de la culture arménienne s’est manifesté dans ses « colonies » médiévales, principalement l’Italie, la Pologne et la Crimée.

Au début du XVIIe siècle, durant les guerres incessantes entre la Perse et l’Empire ottoman, le Shah de Perse ordonna le déplacement des Arméniens de la vallée de l’Araxe vers sa capitale, Ispahan, afin de laisser à ses ennemis ottomans un territoire dévasté tout en tirant profit de la réputation des Arméniens dans les domaines du commerce et de l’artisanat. Ces Arméniens déplacés fondèrent le faubourg de la Nouvelle Djoulfa, dont le rayonnement culturel et commercial allait de l’Atlantique jusqu’en Extrême-Orient.

L’ARMENIE ET LA PRESSE
Dans la dernière partie de l’exposition, on évoque également la presse arménienne et notamment le quotidien HARATCH, qui est le plus ancien quotidien en langue étrangère de France.

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