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Des lieux pour mémoire
13-10-2008    Source : Armand Gaspard
 

L’évocation des lieux de la mémoire arménienne en Suisse ouvre une série sur les hauts lieux analogues à travers le monde tels que Jérusalem, Venise, Kessab (Syrie) et Nor-Djoulfa (Iran).

P.S. : Des photographies ou autres documents illustrant ces lieux de mémoire seraient bienvenus. [Nous contacter]

LA SUISSE

Jean-Jacques Rousseau en costume d’Arménien
(habit préféré)

Portrait réalisé en 1766 par le peintre écossais Alan Ramsay. Original à Edimbourg. Copies à la BPU (Cabinet des Estampes) et au Château de Coppet.

Université (Bastion-Candolle)

Dès le dernier quart du XIXème siècle, présence de dizaines d’étudiants arméniens avec des Russes, Polonais, Bulgares en général révolutionnaire, voire anarchistes (Bakounine, Plekhanov, Herzen, Lénine, etc.). Cf. La question arménienne et la Suisse 1896-1923 (H.L. Kieser) Ed.Chronos, Zurich 1999.

Parti Hintchak

En novembre 1887, sept étudiant arméniens fondent le parti social-démocrate Hintchak (Tocsin) avec le journal du même nom. (Nazarbek, sa femme Maro et cinq autre personnes).
Ils émigrent ensuite en Grèce. Le parti existe toujours.

Parti Dachnak

En 1892, la Fédération révolutionnaire arménienne FRA Dachnaktsoutious s’installe à Genève où elle publie son organe Drochak (Drapeau) jusqu’en 1914 (Avenue Roseraie, 29). Parmi les dirigeants : Stepan Roston Zorian (1873-1923) qui a sa tombe au cimetière des Rois avec celles de sa femme et de son fils Hrant, prof. À l’Université de Genève. Aussi Mikael Varandian, écrivain politologue, Roupen, Ter Minassian (1882-1951), etc.
Outre Drochak, une dizaine de journaux arméniens ont été publiés par intermittence à Genève, au début du XXème siècle. Cf. Chapitre de Taline Ter Minassian dans le livre de H.L. Kieser.

UGAB

En 1910, quatre ans après la fondation de l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance au Caire par Boghos Noubar pacha, une section suisse est fondée à Genève par Yervant Agathon Bey. Elle existe toujours.

Mouvement arménophile

Il se développe à Genève dès la fin du XIXème siècle et surtout pendant le génocide avec notamment l’orientaliste Léopold Favre (1846-1922) fondateur de l’hôpital orphelinat de Sivas, le pasteur Antony Krafft-Bonnard (1869-1945), l’égyptologue Edouard Naville auxquels s’ajoutent dans les années 1920 (début de la Société des Nations) les conseillers fédéraux Gustave Ador et Giuseppe Motta,
Cf. L’Arménie et la Suisse par Karl Meyer, bilan de la Fédération suisse des amis des Arméniens, trad. De l’allemand en 1987.

 Biographie de A. Kraft-Bonnard 

Kraft-Bonnard, Antony – Aigle (Vd) 15 juin 1869 – Genève 14 octobre 1945. Pasteur arménophile.
Fils de pharmacien, études de théologie, pasteur de l’Eglise libre évangélique. Commence en 1896 une activité en faveur des Arméniens et de la cause arménienne qui durera jusqu’à sa mort : d’abord comme président de la « Société suisse d’immigration et de patronage des orphelins arméniens », puis comme secrétaire général du Bund schweizerischer  Armenenierfreunde (Fédération  suisse « Amis des Arméniens ») et président de la Ligue internationale philarménienne (1920-22). Fondateur et directeur des « Foyers arméniens » de Begnins (VD) et de Genève, préfiguration du village Pestalozzi à Trogen (AR). Plus de 150 orphelins y reçurent une éducation dans la tradition arménienne (langue et religion) en même temps qu’une formation dans des écoles suisses, souvent jusqu’au niveau universitaire.
Bibliographie : de 1919 à 1944, le pasteur A.Krafft-Bonnard publia une trentaine de brochures en faveur de l’Arménie et des Arméniens, notamment « Les cinq étapes d’un drame ». Elles sont conservées à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève et dans la bibliothèque de Saint Grégoire L’Illuminateur au Centre Arménien de Genève.

Arméniens qui ont pris racines

A la fin du XIXème siècle, les frères Tchamkerten (ciggarette Araxe), le dentiste Sarkis Tcheraz, l’homme d’affaires Dikran Philippossian. Il s ont une nombreuse descendance en Suisse.

Le pianiste et compositeur Stepan Elmas (1862-1923). Originaire de Smyrne et élève de Liszt, il fait carrière à Genève dont il devient citoyen d’honneur. Sa tombe, ornée d’une statue se trouve au cimetière des Rois.

L’homme de théâtre Georges Pitoëff (1862-1939), issu d’une famille arménienne de Tbilissi émigre à Genève avec sa famille à la veille de la guerre de 1914. Il créé un théâtre d’avant-garde repris par son fils Sacha (mort en 19…) et qui porte toujours son nom à la rue de Carouge (Maison communale).

Centre d’arménologie

Le linguiste Robert Godel (1902-1984) en est le précurseur à la Faculté des lettres où une unité d’enseignement et de recherche est créée en 1974 grâce à la Fondation des frères Ghoukassiantz.

L’église Sourp Hagop fut construite à Troinex en 1969 sur le modèle des églises paléochrétiennes de la plaine de l’Ararat. En 1991, s’y ajoute un centre culturel et communautaire avec la bibliothèque et une école infantine.

 

AUTRES LIEUX EN SUISSE

Begnins/Nyon

De 1922 de 1936 : Foyer Arménien (orphelinat) créé par le pasteur Antony Krafft-Bonnard et l’œuvre suisse de secours aux Arméniens. Enseignement en arménien en vue de former une élite. Foyer pour aînés à Genève. Sur près de 200 personnes, il n’en survit qu’une dizaine à Genève avec une «  Amicale » qui regroupe les familles de trois générations.
Documents et photos au Centre arménien de Troinex/GE.
En 1980, pose d’une stèle commémorative sur la place du village.

Sources bibliographiques et documentaires :

1 - Pour le contexte général, se référer à :Karl Meyer : L’Arménie et la Suisse – Histoire du secours suisse en faveur des Arméniens-Villeurbanne, 1987.
Traduction de l’édition originale allemande (épuisée).

2 - Le pasteur Antony Krafft-Bonnard, grand patron des Foyers Arméniens, a publié plusieurs brochures sur son œuvre, notamment Les cinq étapes du drame arménien, mais elles sont presque introuvables, de même que la plaquette éditée juste après sa mort en 1945.

3 - La recherche la plus complète de ce jour a été faire dans les années 1970-80 pour un mémoire (dactylographie) de baccalauréat au gymnase de Lausanne.
Son auteur, Mme Anne Trebeoux-Betchen vit actuellement à Bassins, près de Begnins (VD).

4 - Le 4 mai 1986, l’Union Arménienne de Suisse a organisé à Begnins une manifestation du souvenir avec pose d’une stèle commémorative.
Parmi les orateurs, il y avait M. Pierre Krafft, ingénieur à Zollikon-Zurich, petit-fils d’A. Krafft-Bonnard, qui a évoqué son œuvre.

Lausanne

  1. L’écrivain et homme d’Etat Evétis Aharonian (1866-1948) y a fait des études de lettres au début du siècle et y est revenu comme chef de délégation de l’Arménie à la Conférence de 1922/23.

  2. Le poète Roupen Sevag-Tchilinguirian (1885-1915) y a fait des études de médecine et rencontré sa femme, une étudiante Allemande. Rentré en Turquie, il a été victime du 24 avril 1915. Musé à Cagnes sur Mer (France).

  3. De novembre 1922 à juillet 1923, la Conférence pour la paix en Orient s’est tenue au Château d’Ouchy et au palace Beau-Rivage. Le Traité du 24 juillet 1923 a été signée au Palais de Rumine. Il remplace le Traité de Sèvres du 10 août 1920 et l’Arménie est totalement sacrifiée,

 

Monthey (Valais)

La fabrique de pierres précieuses synthétiques de la famille Djevahirdjian (Djeva S.A.) a été fondée pendant la première guerre mondiale. Le fondateur, Vahan Djevahirdjian (mort en 1992) a notamment inventé la djévalite, utilisée dans les moteurs d’avion.

Yverdon les Bains

En 1921, Puzant Masraff, venu d’Egypte, a commencé à exploiter la source thermale et son eau minérale à laquelle il a donné le nom d’Arkina, une résidence médiévale des rois d’Arménie au nord d’Ani, la capitale. La famille est toujours présente en Suisse romande, notamment avec Monique Bondolfi-Masraff.

Fribourg

A la fin de la première guerre mondiale, la Faculté de Théologie de l’Université a instruit l’enseignement de l’arménien classique avec le prince Max de Saxe (1870-1951). Il a légué une importante bibliothèque d’arménologie. Son enseignement a été repris par le professeur Dirke Van Damme jusqu’à sa mort en 1997.
Plaque commémorative et brochure sur la vie et l’œuvre du prince Max de Saxe.

Berne

  1. Kunstmuseum (Musée des beaux-arts) « Les 10'000 martyres du Mont Ararat », œuvre de Niklaus Manuel Deutsch (1484-1530). Peintre du début de la Renaissance.

  2. Archives fédérales. On y trouve la fameuse pétition pro-arménienne de 1896-97 avec 454'291 signatures (13,7% de la population). Elle demande au gouvernement fédéral d’intervenir pour mettre fin aux massacres de chrétiens dans l’Empire ottoman.

 

Bâle 

  1. Famille Loris-Melikoff, descendants directs du général d’origine arménienne et ministre du Tsar Alexandre II Mikkail. Loris-Melikoff, meurt en exil à Nice en 1888. Son petit-fils s’est installé à Bale pendant la première guerre mondiale. La famille conserve l’épée ciselée offerte par le tsar à leur ancêtre après la conquête d’Erzoum en 1887. Michel L.-M., né en 1964 est depuis 2000 directeur de la « Street Parade » de Zurich qui rassemble près d’un million d’amateurs de musique techno.
  2. Basler Mission Au début du XXème siècle, des missionnaires suisses de Bâle on été actifs dans les provinces arméniennes du Caucase russe, notamment au Karabagh. Ils ont implanté une imprimerie à Chouechi.

 

Zurich 

  1. L’écrivain Siamanto, alias Adom Yardjanian (1878-1915) y a séjourné pour compléter ses études de lettres.

  2. Johannès Spörri (1852-1923) a travaillé à Van de 1905 à 1915 pour l’œuvre germano-suisse de secours aux Arméniens (Deutsches Hilfserk). Il y a séjourné avec sa femme Frieda Knecht et leurs deux filles. Ils sont revenus en Suisse via la Russie en guerre.

La tombe de J. Spörri se trouve à Seegen (AG).

Hundwill – Appenzell I.R.

Village natal de Jakob Künzler (1871-1949) envoyé en 1899 en Anatolie par le pasteur Lepsius pour aider les Arméniens. Il a dirigé avec sa femme l’orphelinat d’Ourfe pendant le génocide et sauvé des milliers d’enfants en les transférant au Liban.
Son récit In Lande des Blutesund der Tränen (Au pays du sang et des larmes) a été republié en 1999 (Ed.Chronos, Zurich).
Une plaque commémorative a été apposée en 1980 dans l’église protestante de Hundwil.

Tessin/Ticino

Giuseppe Motta (1871-1940) ardent défenseur de la cause arménienne en sa qualité de conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères et de président de l’Assemblée de la Soicété des Nations en 1992.
Sa tombe se trouve au cimetière d’Airolo (monument).

 

Armand Gaspard
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