Avis de la CIJ
L’avis de la CIJ sur le Kosovo (cf. la revue du 23.07) suscite des commentaires abondants dans la presse arménienne qui ne cache pas son engouement face à cette conclusion de la justice internationale susceptible, selon les observateurs arméniens, de contribuer à l’autodétermination du peuple du Haut Karabagh. L’ensemble des forces politiques ont salué d’une voix commune, l’avis de la CIJ qu’il ont considéré comme un atout supplémentaire entre les mains de la diplomatie arménienne afin de parvenir à la reconnaissance internationale du HK.
Lors d’une conférence de presse vendredi à Stépanakert, le Président de fait Bako Sahakian a déclaré qu’un événement s’est produit qui contribuera à la reconnaissance internationale du HK. Tout en considérant important l’avis de la CIJ, M. Sahakian a prôné une réaction mesurée. Les « autorités » du HK poursuivront avec plus de zèle les mesures visant à la reconnaissance internationale du HK, en comptant avant tout sur leurs propres forces. Une nouvelle situation politique s’est établie et de nouveaux développements peuvent être attendus. Cet avis offre une nouvelle opportunité à la partie arménienne dans le processus de négociation et rend plus réaliste le retour de Stépanakert à la table de négociations. D’après M. Sahakian, les autorités arméniennes et notamment le Président Sarkissian font leur possible pour contribuer au processus de négociation. A la différence de la politique extrémiste des autorités azerbaïdjanaises, le Président arménien plaide exclusivement en faveur du règlement pacifique et politique du conflit et mène une politique équilibrée, ce qui est salué par le peuple du HK comme par la communauté internationale. Dans le cadre du format actuel des négociations, a poursuivi M. Sahakian, l’on tente de contribuer à la mise en œuvre efficace de la mission des coprésidents du Groupe de Minsk. Le « Président » Sahakian considère que la paix relative qui existe dans la région et notamment au Karabagh est incontestablement le résultat des efforts communs des coprésidents du Groupe de Minsk. Mais, a-t-il ajouté, ce n’est pas un secret, qu’ils ne parviennent pas à des résultats sur l’essentiel, puisque le HK n’est pas partie prenante aux négociations.
Les forces « parlementaires » du HK ont diffusé une déclaration rappelant que le 1er décembre 1991 le peuple du HK a proclamé son indépendance au terme d’un référendum, se basant sur les principes fondamentaux du droit international et respectant rigoureusement les demandes de la législation de l’URSS. Les forces parlementaires du HK soulignent que le peuple du HK souhaite la reconnaissance internationale et la CIJ a juridiquement confirmé, par sa décision du 22 juillet, que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sa mise en œuvre ne violent aucun principe ou règle du droit international dont celui de l’intégrité territoriale. Les forces « parlementaires » du HK réaffirment la disponibilité du peuple karabaghtsi à régler les différends existants par le biais de négociations pacifiques sur la base du droit international.
Les quotidiens rapportent les réactions des pays coprésidents du Groupe de Minsk et notent que contrairement aux salutations de Washington et de Paris, Moscou a manifesté des réserves, rappelant qu’il soutenait l’intégrité territoriale de la Serbie. La presse attire l’attention sur la quasi-absence de réaction de la part de l’Azerbaïdjan dont les médias soit n’ont pas couvert l’avis de la CIJ, soit l’ont couvert de manière factuelle alors que les experts se sont abstenus de le commenter. Le porte-parole du MAE azerbaïdjanais s’est borné à rappeler que l’Azerbaïdjan soutenait l’intégrité territoriale de la Serbie et que l’avis de la CIJ ne concernait que le Kosovo, cas particulier.
L’enthousiasme prévaut dans les commentaires d’hommes politiques arméniens qui sont unanimes pour affirmer que cet avis de la justice internationale ne manquera pas de se répercuter sur le règlement du conflit du HK.
Edouard Charmazanov, porte-parole du parti Républicain, a qualifié l’avis de la CIJ de « sans précédent ». Il a attiré l’attention sur le fait que la première fois la Cour internationale a juridiquement formulé que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes prévaut par rapport à celui de l’intégrité territoriale. La politique de « deux poids deux mesures » est inacceptable, selon M. Charmazanov, et ce qui est permis au Kosovo est également permis au HK qui dispose de suffisamment de raisons pour acquérir l’indépendance sur la base du droit international. Cet avis a montré qu’en dépit de l’existence d’un Etat indépendant d’Albanie, le Kosovo peuplé majoritairement d’Albanais peut devenir indépendant. C’est dire que les affirmations de l’élite politique azerbaïdjanaise selon lesquelles les Arméniens du HK ne peuvent pas se déterminer alors qu’il existe un Etat indépendant d’Arménie, sont réduites à néant.
Aux yeux du dachnak Vahan Hovhannissian, l’avis de la CIJ sur le Kosovo peut devenir un atout entre les mains de la diplomatie arménienne pour parvenir à la reconnaissance internationale du HK.
Pour le Président du parti Héritage, Raffi Hovhannissian, l’avis de la CIJ peut avoir un impact positif sur le règlement du conflit du HK. Il insiste sur la reconnaissance par l’Arménie de l’indépendance du HK et rappelle que lorsqu’il était Ministre des AE dans les années 90, plusieurs pays étaient prêts à reconnaître le HK, mais s’abstenaient de le faire en raison de l’absence de reconnaissance de cette entité par l’Arménie.
De même, le représentant du Congrès national arménien, Levon Zourabian, a estimé que l’avis de la CIJ peut avoir un impact très sérieux et très positif dans les négociations sur le conflit du HK.
Un autre représentant du Congrès David Chahnazarian a déclaré à Arminfo, repris par Aravot, qu’il est encore prématuré d’évoquer la décision de la CIJ en tant que précédent. Cette décision a été prise en fonction des réalités politiques actuelles. Et la réalité est que 69 Etats sur les 192 Etats de l’ONU ont reconnu le Kosovo. Seul le temps montrera si cette décision deviendra un précédent, selon M. Chahnazarian.
« La Cour internationale de Justice a ouvert la voie à la reconnaissance du Karabagh indépendant »- Hayots Achkhar
« Ce qui est permis au Kosovo est aussi permis au Karabagh »- Hayastani Hanrapetoutioun
« Un précédent est créé », « Est-ce que le précédent deviendra une pratique ? »- Golos Arménii
« L’indépendance [du Kosovo] est irréversible : l’avis de la CIJ est devenu un précédent répondant aux intérêts arméniens »- Novoyé Vrémia
Affaires intérieures
A l’occasion d’une conférence de presse, Levon Zourabian, représentant du Congrès national arménien, a annoncé la prochaine reprise des meetings, en tant que « moyen de lutte efficace ». Prochainement, une réunion du conseil politique du Congrès devait avoir lieu présidée par Ter-Petrossian au cours de laquelle une décision en ce sens devrait être prise. / Hayots Achkhar, Azg, Aravot
Affaires régionales
Selon Hayots Achkhar, Ilham Aliev a signé un ordre attribuant le titre de héros national d’Azerbaïdjan au soldat tué lors de la provocation azérie, le 18 juin dernier, sur la ligne de contact, Moubariz Ibrahimov. Il a été décidé qu’une école secondaire et une rue devaient porter son nom. Le vice-Ministre des AE Chavarche Kotcharian a regretté que le peuple voisin glorifie des meurtriers, à l’instar des auteurs des pogroms de Soumgaït ou de Ramil Safarov, qui en 2004 avait tué un officier arménien à Budapest à coups de hache alors qu’il dormait, les deux suivant un séminaire de l’OTAN…
Hayots Achkhar, Aravot et Azg relèvent que le 22 juillet, Matt Bryza, candidat au poste d’Ambassadeur américain à Bakou, ancien coprésident du Groupe de Minsk, a passé une audience à la commission des AE du Sénat américain où il a été notamment interrogé par les sénateurs du caucus arménien. M. Bryza a promis que dans l’hypothèse de la confirmation de sa nomination en tant qu’Ambassadeur à Bakou il défendra le droit du peuple du HK à l’autodétermination et soutiendra par tous les moyens, les efforts de l’actuel coprésident américain du GDM Robert Bradtke.
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